Le dictionnaire d'artistes de marine



 

Portraits de navires

 

Portrait de navires de Roux.

 

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Le portrait de marine fut pendant longtemps une discipline à part entière. Généralement objet de commandes d'abord officielles des rois et gouvernements, puis des armateurs et propriétaires, le portrait était virtuellement indispensable pour montrer aux intéressés des navires qu'il ne verraient bien souvent jamais. Certains artistes se spécialisent dans le domaine; qui devient parfois même un commerce transmissible, tels les quatre générations de Roux ou les deux générations d'Adam. Peu à peu, à la fin du 19ème, la photographie prit le pas sur la peinture en temps que document informatif, sonnant le glas des professionnels en la matière. Le portrait de marine vit dans la première moitié du 20ème une deuxième période de gloire avec les nécessités commerciales des lignes de paquebots  et subsiste encore tres largement, surtout dans le Yachting. 

Le portrait de marine  peut facilement se définir comme un tableau, généralement créé suite à une commande, représentant un navire avec un maximum de détails, sans gros soucis de son environnement. La caractéristique essentielle de ce type d’œuvres est leur facture rigoureuse, le détail et la technique prenant le dessus sur l’artistique, qui reste souvent assez primitif. Parfois mal considéré, ce thème occupe numériquement une très grande part de l’art maritime, et de grands noms y sont associés.

Dès le XVIIème siècle, des artistes reçurent des commandes pour des représentations de navires royaux. Ces grandes et belles toiles de maitres à l’apogée de leur art ont peu de rapport avec les dizaines de milliers d’œuvres qui vont suivre dans des styles allant de la douceur d’un Ozanne au rigorisme d’un Roux en passant par l’humble naïveté assez typique du genre. L’origine semble remonter en Italie, d’une évolution progressive de l’ex-voto, généralement peint sur bois. Le thème commence à s’identifier mi-XVIIIème, au travers de gouaches et d’aquarelles, voire même sur verre églomisé, mais ce n’est vraiment qu’au XIXème qu’il prendra son essor, avec la présence d’un ou plusieurs artistes spécialisés dans tous les ports importants du monde.

Dans les dernières années du 19ème, la photographie prend le dessus sur la peinture, les photographes proposent des vues de navire, souvent colorisées en marquant au moins des détails importants de la photo, tels le pavillon, la cheminée, etc… La disparition progressive de la marine à voile a également entrainé un changement des mentalités du côté des marins et capitaines, beaucoup moins attachés à ces « fichus vapeurs » qu’à leurs cathédrales de voiles. Passé la grande phase de la photo, apparait au 20ème siècle un certain renouveau pour le portrait de marine, avec les bateaux de plaisance et le yachting. Mais, quel que soit le style de l’artiste, le navire est campé dans son élément, l’œuvre devient une marine plus ou moins classique, et se perd ainsi le type “portrait de marine” pur. Pourraient se rapprocher de ce thème, les affiches de paquebots à des fins publicitaires, très souvent œuvres d’artistes de renom (Brenet, Marin-Marie).

Les portraits sont réalisés surtout à l’aquarelle ou à la gouache, mais certains artistes ne pratiquaient exclusivement que l’huile, bien souvent sur panneaux de bois. Les tableaux commandés par capitaines et autres membres d’équipage étaient destinés en général à être placés dans les cabines des navires, espace exigu impliquant donc de petits formats. Ils pouvaient atteindre de plus grand dimensions, s’il s’agissait d’une commande d’un armateur ou d’un constructeur.

A quelques exceptions près, le bâtiment est toujours représenté toutes voiles dehors, certains artistes tel A.Roux faisant figurer deux vues sous des angles différents, tendance déjà présente au Danemark au début du XVIIIème siècle. La mer est le plus souvent légèrement agitée, nuage dans le ciel bleu, le bateau est rarement figuré dans une tempête ou dans un état de détresse, tel que faisait l’artiste Danois A. Halvorsen ( 1XXX-18XX) On peut y voir l’influence du romantisme ambiant de l’époque. La plupart des tableaux sont signés, ceci étant le seul moyen pour l’artiste de se faire un “nom” dans ce domaine. Enfin, beaucoup de tableaux portent une inscription, souvent sur un bandeau noir, avec le type de bateau, son nom, le port d’attache, son capitaine, et l’année de réalisation.

Une attention était parfois donnée à la représentation du port qui servait de fond,  surtout si le tableau était destiné au Capitaine ou à un membre de l’équipage, l’œuvre devenant alors à la fois souvenir de leurs navires, mais aussi des ports qu’ils avaient visités. Ex: La baie de Naples avec le Vésuve, Venise avec le Palais des Doges, ports représentés dès les débuts du genre. La persistance du même modèle montre à quel point ces vues étaient appréciées. Ce fond paysagé est d’ailleurs parfois une marque certaine d’identification de l’auteur d’une œuvre non signée. En effet la représentation des navires est dominée par un souci de vérité (très important envers le commanditaire qui connait son navire), donc peu sujette à des effets de style. La mer et l’arrière-plan, est pour l’artiste son seul moyen d’expression artistique, et chacun a pu développer ses propres spécificités tout en restant dans le genre.

 La part de l’inspiration de l’artiste est bien entendue des plus limitée puisqu’on lui demande de représenter un navire qu’il a sous les yeux, et sa motivation est bien évidemment financière. Plus intéressant est de cerner les motivations des commanditaires qui sont de plusieurs types : Royautés pour la gloire, gouvernements pour la politique, armateurs pour les affaires, capitaines pour le souvenir.

 Les artistes sont souvent des ex-marins, capitaines, officiers, mais aussi des peintres ayant fait des voyages au long court. Parfois, il s’agit d’une véritable affaire de famille, soit que d’autres membres contribuent (fabrication du cadre…), le facteur délai étant essentiel en raison des impératifs d’appareillage, ou s’étalant sur plusieurs générations, la famille Roux étant certainement la plus célèbre. Ils sont surnommés “Pier-head artists” par les Anglo-Saxons. Tous les pays maritimes ont produits de nombreux artistes et nous ne pouvons ici nommer que quelques-uns des plus connus.

En France, Ozanne au XVIIIème, puis bien sûr les cinq générations de Roux, basés à Marseille, Adam au Havre sont les grands représentants du genre. En Angleterre ont commencées les commandes royales lorsque Charles II fit venir des artistes hollandais tel Van de Velde, fin XVIIème. Bien vite, d’excellent artistes britanniques émergèrent, mais furent plus des peintres de marine généralistes que des portraitistes.  A partir du mi- XIXème, les “Pier-head artist” sont présents dans de très nombreux ports de commerce, Liverpool notamment, et auront une énorme production. En Italie, la famille Simone a beaucoup œuvré dans la baie de Naples. Aux Etats Unis, le plus connu est Antonio Jacobsen, émigrant d’origine danoise qui aurait réalisé environ 6.000 de ces portraits.

Dans les ports Danois: les “kadrejerbilleder”,  étaient des artistes qui partaient à la rencontre des navires de passage ou à l’ancre afin de proposer leur service “à domicile”. Les tableaux, parfois produits à plusieurs exemplaires, avec des délais de livraison très courts, et des prix modestes, étaient rarement peints à l’huile, l’aquarelle étant de mise. La Hollande, l’Allemagne et la Norvège ne sont pas en reste…

En Extrême-Orient, les grands ports avaient aussi leurs artistes spécialisés, génériquement regroupés sous l’appellation « Ecole chinoise ». Ils sont intéressant dans la recherche, le désir de l’artiste de satisfaire son client occidental, s’essayant à la naïveté, sans jamais pouvoir se séparer de la grande délicatesse propre à la peinture asiatique.

Peut-on parler d’inspiration artistique dans ce thème uniquement sujet aux commandes à réaliser dans les meilleurs délais et dans une évidente motivation commerciale? Chaque artiste a son style, sa technique et ses astuces bien rodées qu’il va répéter des centaines et des milliers de fois, mais la créativité, base essentielle de la démarche artistique frise le néant.

Si avec l’avènement de la photographie, le genre classique a perdu l’immense majorité, pour ne pas dire la totalité de sa clientèle, on ne peut dire pour autant que le thème ait disparu. L’évolution s’est faite vers des huiles de taille souvent assez imposante commandées par les armateurs et qui ornent encore de nombreux bureaux. On ne peut que penser également aux nombreuses représentations des yachts faisant la fierté de leurs propriétaires.

Enfin, il ne faudrait pas oublier un genre diffèrent qu’a constitué dès le début du XXème siècle l’affiche commerciale pour des croisières  et des lignes de paquebots. La créativité y a totalement retrouvé ses droits, et de grands artistes, tel Brenet, Marin Marie s’y sont illustrés.